Accueil du site - Histoire & Architecture - Quelques hypothèses archéologiques

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La localisation des lieux saints demeure problématique

Il y a des lieux dont on est sûr (Capharnaüm, l’Anastasis...), des lieux où l’on doute (le Tombeau de Marie), des lieux où l’on est sûr que ce n’est pas là (Cana). Les identifications reposent sur des arguments multiples ; aussi les traditions peuvent varier, les lieux se déplacer dans le temps.

Il est certain que plus on remonte loin dans l’histoire de la vénération, plus on a de chance que le lieu soit authentique. Dans cette recherche, nos sensibilités contemporaines se montrent plus exigeantes ; mais s’il ne s’agit pas de tomber dans le culte de rocher ou de trou, ni l’idolatrie de lieu, cette quête nous garde dans l’enracinement de notre foi dans un temps, un lieu, une histoire. Et si des lieux saints s’avèrent scientifiquement inauthentiques, ils ont gagné leurs lettres de sainteté par la prière des pèlerins qui s’y sont succédés de génération en génération.

Il y a aujourd’hui quatre traditions concernant la localisation d’Emmaüs :
- Ammaüs ou Emmaüs-Nicopolis,
- Motza ou Qolonieh ,
- Qoubeibeh,
- Abu-Gosh ou Qyriat-el-Enab.

Plusieurs questions se posent pour cette identification

Le premier problème pour localiser le lieu d’Emmaüs réside dans le fait que l’on possède deux collections de manuscrits indiquant soit 60 stades (12 km ), soit 160 stades (30 km). Sans entrer dans l’argumentation, il vaut mieux retenir comme originel la leçon des 60 stades. La correction vient probablement d’Origène (en l’an 215). On comprend que les témoignages suivants – Eusèbe, Jérôme, le pèlerin de Bordeaux – sont dépendants de lui.

La deuxième question est celle de l’itinéraire pour correspondre à la distance indiquée par l’évangile. Il existait trois voies qui menait à Ammaüs à l’orée des Monts de Judée, lieu connu dans l’histoire par le livre des Maccabées, et qui prit le nom de Nicopolis au IIIème siècle :
- au Nord, par Bet Horon, une voie datant de Trajan faisant 160 stades,
- au Sud par Qolonieh, la plus directe, la plus ancienne : 144 stades, entre les deux par Biddou El Qoubeibeh.

La carte de Putinger (1er siècle, sous Auguste) place l’Ammaüs des Maccabées à 160 stades, de même au IIème siècle Ptolémée, et enfin le pèlerin de Bordeaux en 333. Cela implique donc le trajet par la voie n°1. On remarquera qu’aujourd’hui, les différentes localisations du lieu évangélique se situent toutes sur des voies romaines conduisant à Emmaüs-Nicopolis.

La troisième question est la mention par Luc d’Emmaüs comme « village ». Or Ammaüs des Maccabées apparaît dans la Guerre des Juifs comme la capitale de l’une des dix toparchies de la Judée romaine, il s’agit donc d’une « ville », mais nous sommes autour de l’an 66. Le lieu avait-il une telle importance vers l’an 30, puisqu’il avait été détruit par Varus en 4 av. J.C. après son abandon par les habitants, suite à une attaque contre les romains ?

Que dit la tradition des pèlerinages ? Les fouilles archéologiques de l’Ecole biblique en 1924 mirent au jour les restes d’une basilique byzantine datant du III / IV ème siècle, restaurée par les Croisés. Toute la suite des témoins nous indique la localisation de la mémoire de cet épisode évangélique en ce lieu d’Emmaüs-Nicopolis.

La basilique byzantine d'Emmaüs-Nicopolis

Il faudra attendre le XIIème siècle et les Croisés pour que d’autres traditions voient le jour.

Par ces indications nous voyons que le lieu d’Ammaüs-Nicopolis bénéficie de solides arguments, avec néanmoins le problème de faire 160 stades deux fois dans la même journée... !

Qu’en est-il des autres lieux ?

La localisation à Qoubeibeh, sanctuaire franscicain, semble difficile dans la mesure où l’on se trouve à 75 stades de Jérusalem et que la tradition remonte au XVème siècle.

Une autre hypothèse rapproche Emmaüs de Jérusalem. Flavius Joseph parle d’une colonie à trente stades de Jérusalem, à un lieu nommé Amassa. Or Amassa correspond à Motsa du Talmud qui deviendra Qolonieh, souvenir de cette colonie romaine dans la toponymie. Nous sommes à 30 stades de Jérusalem.

Et Abu-Gosh ? La tradition ne remonte apparemment qu’aux Croisés. Il y avait un village, nous sommes sur la route, il y a un point d’eau et la tradition biblique de Qyriat Yéarim. Le lieu s’appelait-il Emmaüs ? On peut formuler l’hypothèse que la colonie romaine dont parle Flavius Joseph de 800 familles pouvait s’étendre jusque là et donc porter ce nom.

Mentionnons enfin deux autres lieux indiqués comme l’Emmaüs évangelique

- Orthas, au sud de Bethléhem, mais la seule raison en est la distance de 60 stades.

- Enfin Béthel sur la route du Nord en raison du nom de Olammaüs dans un codex de l’évangile de Luc ; or ce nom est la traduction de l’ancien nom de Béthel dans le codex Alexandrinus de la Septante. Cette tradition relève plus d’un commentaire de texte midrashique rapprochant le combat de Jacob de la finale de l’évangile de Luc que d’une tradition historique.

Alors ? Authentique le lieu d’Abu-Gosh ? Est-ce bien l’essentiel. Ce lieu offre aujourd’hui une magnifique église, une crypte et une source en son sein, au pied du lieu où résida l’Arche d’Alliance. Que souhaiter de plus, pour réaliser une démarche de pèlerinage : faire mémoire d’un événement évangélique.

L'église croisée d'Abu-Gosh dans son site de Qyriat Yearim

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